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Résumé Wildstrubel 110km

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Le dernier ultra de l’année, et quel ultra.
     L’Ultra avec un grand « U » !!!

Fin d’année dernière, peu de temps avant de construire ma saison en vue de me
qualifier pour l’UTMB, je regarde le live du Wildstrubel. Une course de 113km et
6600m de dénivelé dans les Alpes Suisse. Cet évènement a été marqué par une
énorme tempête de neige la veille des premiers départs. Plus de 50cm par endroit,
des bénévoles qui déneigent les chemins à coup de pelle d’avalanche et une
organisation en furie pour retracer les parcours au plus vite. Après des départs
retardés, donnés, des courses neutralisées puis relancées, tout le monde a
finalement pu courir. En voyant ces conditions dantesques, je n’ai pas hésité une
seule seconde pour m’y inscrire, je voulais vivre ça !!!

     2 mois et demi depuis le 100miles du Val-d’Aran. Après une grosse semaine de récupération, je reprends le chemin de l’entraînement avec une semaine full plaisir qui se termine tout de même avec 6000D+, notamment grâce à mes allers-retours au travail à vélo qui en représentent la moitié. Les 3 semaines suivantes s’annoncent palpitantes et je réalise donc un joli bloc, avec ci-dessous les séances clés de chaque semaine:

Semaine 1: 56km/4100D+ (+2300D+ à vélo)
     Mardi : 28km/2100D+
     Dimanche : 16km/1500D+

Semaine 2 : 84km/7800D+ (+400D+ à vélo)
     Lundi : 21km/2000D+
     Vendredi : 28km/2500D+
     Dimanche : 20km/1900D+

Semaine 3 : 36km/2000D+ (+8000D+ à vélo)
     Samedi : 300km/5200D+, sortie vélo entre Annecy et Barcelonnette en 19H
     Dimanche : 11km/1000D+

     Suite à ça, une semaine de repos où je réduis nettement le volume pour permettre une bonne récupération, physique et mentale. Il reste 5 semaines avant le départ et je compte bien les mettre encore à profit pour faire du volume. La semaine suivante, je réalise ma plus grosse semaine de cette préparation, et même de ma vie :

94km/8100D+ (+2900D+ à vélo)

Mercredi : 29km/2500D+
     Vendredi : 33km/3100D+
     Dimanche : 21km/2100D+

     Une magnifique semaine : physiquement je me sens bien et je suis plein de confiance. Je suis content de l’entraînement réalisé jusqu’ici et je compte bien continuer à faire de mon mieux pour garder cet état de forme et cette positivité jusqu’à l’échéance.

     La semaine suivante est marquée par deux choses. Premièrement- la moins drôle- je chute violemment à vélo le mardi. Je perds l’adhérence de mes roues dans un rond-point à cause de la pluie et je finis en glissade sur le bitume sur une dizaine de mètres. Dans mon malheur, j’ai eu le temps de voir arriver ma chute et de me préparer à l’impact. Pas de grosses blessures, une hanche simplement bien égratignée et un hématome qui l’accompagne.

     Deuxièmement, l’événement le plus important du calendrier du trail running : il s’agit bien évidemment de l’ultra-Trail du Mont-Blanc à Chamonix. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mes articles sur mon Tour du Mont-Blanc, ma préparation à l’UTMB ainsi que le résumé de ma course 2024 en cliquant sur ces derniers. Faute d’y participer comme l’an dernier, j’y suis cette année en tant que bénévole. Je tenais à être présent à Chamonix malgré tout pour profiter de cette ambiance festive autour du trail, tout en participant activement à l’évènement. Après m’être inscrit sur le site des bénévoles, j’ai pu être sélectionné dans l’équipe « média », celle responsable du suivi live de la tête de course. Du jeudi au samedi, j’étais donc chargé d’emmener et d’aller chercher les « cam-runners » à différents points du parcours.

     C’était une expérience ultra enrichissante, j’ai pu découvrir le travail à fournir, l’organisation pour ne rater aucun secteur et pouvoir relayer les meilleures images pour la diffusion en direct. J’ai également eu l’occasion de suivre les premiers de chaque course et donc de voir les meilleurs athlètes au monde courir. C’était hallucinant !!! Enfin, j’ai pu voir l’envers du décor sur le terrain ainsi que l’immense régie nécessaire à une telle organisation, là où tout se décide en temps réel.

     J’en ai également profité pour aller dire bonjour et passer du temps sur le stand de Cimalp. On a pu échanger sur les produits, améliorer mon lien avec cette marque que j’apprécie de plus en plus et dont je suis fier d’être un des ambassadeurs.

     Malheureusement, bien que ce grand week-end ait été une immense source d’inspiration, une douleur dans ma hanche est apparue ce qui l’a amenée à se bloquer complètement. Je ne pouvais même plus marcher sans boiter, courir était impensable. Moins de 3 semaines avant le départ cela n’a pas été facile à gérer. Je n’ai pas pu réaliser la dernière semaine d’entraînement comme je l’aurais aimé. Je me suis rassuré en me disant que ma préparation a été quasiment parfaite jusqu’à présent avec de belles semaines et que si je ne pouvais plus continuer maintenant, au moins j’arriverais complètement frais et reposé le jour du départ. Sous réserve que ma hanche se débloque et me permette de retrouver une foulée convenable.

     Durant cette période, j’ai tout de même continué à faire mes allers-retours au travail à vélo. Je sentais que cette douleur était mécanique, qu’il n’y avait rien de cassé ou d’usé, mais que c’était quelque chose à détendre et à débloquer. J’ai donc tenté une séance d’ostéopathie, mais qui n’a pas donné de grands résultats. J’ai ensuite consulté pour une séance de kiné et il m’a donné quelques exercices et quelques étirements à mettre en place pour mobiliser la zone. J’avais déjà commencé les étirements avant cela et je sentais que cela me faisait du bien. J’ai donc plus ou moins continué en croisant les doigts pour retrouver toute ma hanche avant le départ.

     Une semaine pile poil avant ma course, et après 17 jours sans courir, je décide d’aller tester cela avec 6km en forêt, sans grand dénivelé. La hanche a l’air d’aller bien. Il est évidemment trop tard pour refaire des séances et je recours seulement une seconde fois, 3 jours avant le départ, avec un peu de dénivelé cette fois. Physiquement tout va bien, mais mentalement je suis démotivé. De par mon manque d’entraînement des dernières semaines mais également par des problèmes plus personnels, qui font que j’ai la tête ailleurs.


     Le départ est donné à Crans-Montana le vendredi soir à 22H. Cela nous laisse le temps, à mon assistance et moi, de faire la route dans la journée et d’y arriver dans l’après-midi. Première chose, je récupère mon dossard. Par chance, un numéro pour moi que j’ai toujours rêvé d’avoir, le 100. Symbolique. Il ne me reste maintenant qu’à patienter jusqu’au soir. Je mange et je me repose sur les transats mis à disposition le long du dernier kilomètre. En effet, les coureurs du 70km partis ce matin sont en train d’arriver. Il y a d’ailleurs Maryline Nakache, athlète du team Cimalp qui finit en 3ème position. Je prends un bon repas vers 21H, puis je me prépare et je me mets doucement en place dans la zone de départ. Quelques animations traditionnelles avant le départ, dont le passage d’une troupe avec d’énormes cloches. L’excitation monte, plus que quelques minutes et on sera parti pour une belle et longue nuit dehors.

     Ça y est, le départ est donné. 3 vagues s’élanceront à 10′ d’intervalle. Au moment de passer l’arche de départ et sur les 20 premiers mètres, des énormes lance-flammes verticaux me surprennent, on sent des vagues de chaleurs successives, l’atmosphère est incroyable avec la foule qui nous acclame. Plus que 115km, c’est parti.

     Les 2 premiers kilomètres sont goudronnés le temps de sortir du village. Encore pas mal de supporters sur les côtés. En quittant la route, on poursuit sur une petite piste nous permettant d’être 2 ou 3, côte à côte. Le profil est une alternance de courtes portions raides et de replats où relancer. Malgré notre nombre important au départ, aucun bouchon n’est à déclarer, en tout cas en ce qui me concerne. Une dizaine de kilomètres plus tard, je m’étonne encore de l’étirement du peloton qui se fait désirer ; en effet nous sommes encore beaucoup en file indienne, je ne m’attendais vraiment pas à autant de monde. Les côtes à grimper sont de plus en plus longues jusqu’à finalement arriver au premier ravitaillement de cette course au 13ème kilomètre, à Varneralp. Je suis 131ème. Il marque le sommet de la première bosse et se trouve à l’intérieur d’une grange. Je le trouve super joli.

     10km de descente ensuite jusqu’à la première base-vie. Cette descente n’est pas technique et les jambes encore fraîches permettent de se faire plaisir. La nuit est très sombre, pratiquement aucune lumière émise par la lune. Les températures sont relativement clémentes, même en altitude. Je reste aisément en T-shirt.

     Concernant ma nutrition, j’utilise les mêmes produits que pour le Val-d’Aran, qui m’avaient bien réussi. Cependant, je me stresse moins au niveau du nombre de glucides à ingérer et je laisse plutôt mon corps décider. Je fais quand même l’effort de manger régulièrement mais sans me forcer de trop.

     J’arrive enfin à Leukerbad, la première des 5 bases-vie du parcours. Oui il y en a beaucoup mais sont assez difficilement accessibles car elles sont très rapprochées les unes des autres. Nous avons donc dû réfléchir à un plan avec mon assistante et elle ne sera présente qu’à la 2ème et 3ème base-vie. Les autres faisant faire bien trop de kilomètres pour seulement avoir quelques barres et gels. Je me débrouille donc seul ici et ce n’est en fait pas si mal. Je me sens bien et je n’ai pas besoin de m’arrêter bien longtemps. Je remplis mes flasques, je pique quelques gaufrettes sur la table et je repars aussitôt. Je pense que je gagne en fait énormément de temps ici par rapport à ceux qui prennent le temps avec leur assistance.

     Je repars en grignotant mes gaufrettes. Mieux vaut manger en marchant qu’à l’arrêt, ce sera déjà ça de gagné tant que je suis encore frais. Quelques virages sur une large piste puis c’est un véritable mur à gravir qui se dresse devant nous. Alors, impossible de le voir en vérité de par la nuit noire, mais les frontales des coureurs qui me précèdent et qui paraissent être dans le ciel laissent imaginer la pente dans laquelle ils se trouvent. 900D+ sur à peine 3 petits kilomètres. C’est un chemin dans une falaise. Des barrières pour la sécurité et des mains courantes ont été installées pour nous aider à grimper. La montée se fait lentement mais je double tout de même quelques coureurs qui paraissent avoir un premier coup de moins bien. Je tente de me retourner un instant pour vouloir admirer les lumières de Leukerbad en contrebas mais problème, je ne vois seulement qu’une falaise en face de moi. Les perspectives sont faussées dans la nuit, mais c’est comme si on remontait un canyon à la verticale. Une sensation presque étrange. Quelques escaliers font même leur apparition tant le chemin est pentu. J’aime bien cette montée, le dénivelé est rapidement avalé. Après 3H45′ de course, j’atteins Gemmipass en 90ème position. Comme je le pressentais, cette montée m’a plutôt réussi.

     Ravitaillement en eau et en boisson d’effort au sommet puis c’est parti pour 16km de descente jusqu’à la prochaine base-vie. Je commence cette descente avec le dossard 97, au nom d’Olivier. C’est une piste 4×4 et on court l’un à côté de l’autre mais sans échanger un seul mot. Il y a pas mal de cailloux au sol et chacun préfère se concentrer où poser ses pieds. Le rythme est bon, environ 5’/km et on rattrape régulièrement quelques coureurs. Sans se parler du tout, on arrive à s’aider mutuellement : il me tire sur les portions plus roulantes et je passe devant dans les chemins plus techniques qui coupent les épingles.

     Après 8km, les chemins redeviennent plus faciles et on s’adresse enfin la parole !!! Il est très sympa, on discute un peu, il vient de Trient et il a déjà participé à Sierre-Zinal plusieurs fois. On continue sur notre bon rythme. Je me dis que je suis un peu trop rapide par rapport à ce que je devrais, que seul je serais allé moins vite, mais le fait d’être à deux est galvanisant et qui sait, peut-être bien que je suis dans un bon jour et que je peux me le permettre. On verra ça très vite de toutes façons. Le terrain est l’alternance d’une piste pas très technique et d’un petit chemin en forêt où il faut tout de même regarder où mettre les pieds. Certains passages sont même mouillés et il faut se méfier des potentielles glissades. La pente se radoucit finalement, on rattrape puis on double un groupe de 5 coureurs sur une portion plate. Enfin, et pour les 2-3 derniers kilomètres avant la base-vie, on progresse sur la route.

     Mon compagnon de descente, plus à l’aise sur ces portions-là me distance quelque peu et arrive au ravitaillement une petite minute avant moi. En fait, je le retrouve assez vite puisque nos deux assistances se sont, sans le savoir, installées à la même table. Cette belle descente ressort sur le chrono et sur ma place puisque j’ai 30′ d’avance par rapport à mes prévisions et je suis 71°, soit encore 19 places de gagnées depuis le sommet du dernier col.

     Chacun, de son côté, s’occupe de ses affaires. Pour cette fois, je peux profiter de l’aide de mon assistance pour manger, boire et refaire le plein pour la prochaine section. Je peux également repartir plus léger que ce que je ne l’étais au départ puisqu’elle sera de nouveau présente dans moins de 17km. Je ne reste pas plus longtemps que ce dont j’ai besoin, et je repars avant Olivier, qui me rattrapera bientôt, j’en suis persuadé.

     Le profil est simple jusqu’à la base-vie suivante : 1200m de montée et 1200m de descente.

     Encore de la route et de la piste plate, évidemment, pour ressortir de la ville. La montée commence ensuite progressivement par un chemin technique dans la forêt, mais vu qu’on monte, on ne va pas vite. Puis une portion plus plate de nouveau mais qui ne permet pas vraiment de courir non plus mais qui nous permet de visualiser ce qui nous attend. En effet, de cette position on se retrouve face à un immense mur où on peut apercevoir les frontales des coureurs qui nous précèdent. À ce moment-là Olivier me rattrape et je lui emboîte le pas. Il paraît encore très frais, plus que moi. Je le suis sur quelques petits kilomètres alors que nous remontons une piste recouverte de cailloux et où les épingles s’enchaînent. Je sens bien que je commence à être déjà moins à l’aise physiquement, lorsque l’on arrive à un petit ravitaillement avec de l’eau et des boissons isotoniques. Je ne me souvenais plus de son existence, mais j’en profite pour m’arrêter 1minute et boire. Il est environ 4H30 et les températures sont toujours clémentes, il ne fait vraiment pas froid du tout. À ce moment-là, Olivier part devant et je ne le reverrai plus de toute la course.

     Je continue à mon rythme, qui semble se ralentir de plus en plus. Je ne pense pas manquer d’énergie mais mes jambes sont juste fatiguées. Comme si je ne pouvais plus les utiliser à 100%. Pour la première fois depuis longtemps, je m’arrête en pleine montée pour souffler et reprendre des forces. Peut-être est-ce là le reflet ou les conséquences d’une saison estivale bien fournie ??? Trop remplie ??? Une fin de saison où toute la fatigue accumulée depuis des mois se fait finalement ressentir ??? Je ne saurais y répondre pour le moment, mais ce que je sais, c’est que j’ai toujours une course à terminer.

     Je commence alors à me faire doubler à mon tour. Un à un, les coureurs que j’avais dépassés jusqu’à présent me reviennent dessus et je suis incapable d’y répondre. Cette montée est longue et est une succession de plusieurs murs. Chaque fois que l’on arrive sur un replat, une nouvelle bosse se dresse devant nous, seulement éclairée par les frontales qui s’agitent. Cela donne une idée de la marche à suivre, sans jamais être sûr quand cela finira de monter.

     Finalement, comme tout arrive, la fin apparaît. Un dernier mur où le chemin est creusé dans la roche et le sol recouvert de petits cailloux puis on arrive au col de Bunderchrinde. Là, un gentil bénévole nous encourage et nous regarde basculer en assurant notre sécurité. Le début de la descente est plutôt raide et rendu glissant par des petits bouts d’ardoise. C’est assez dur sur les quadriceps qui doivent travailler pour se retenir et ne pas se laisser emporter. Moi qui ai toujours pensé que la montée était mon point fort, je me sens cette fois-ci plus à l’aise en descente. J’en profite alors pour remettre un peu de rythme tant que j’en suis encore capable.

     Cette descente est exactement à l’image de la montée, mais dans l’autre sens. D’abord raide, beaucoup de cailloux et peu de végétation, puis cela se radoucit très progressivement. La végétation réapparaît petit à petit, les chemins redeviennent plus terreux et on rencontre quelques bergeries au passage. Les premières traversées de petites routes puis les arbres. Les jambes répondent plutôt bien et je redouble même quelques coureurs, de quoi faire un peu de bien à la tête. La fin de la descente se fait sur la route alors que l’on arrive à Adelboden. Quelques petits kilomètres encore avant de parvenir à la base-vie. Après avoir traversé un pont, il nous faut encore grimper 100m de dénivelé, sur la route, pour enfin rentrer dans le ravitaillement.

     Celui-ci est le seul de la course où l’on pouvait faire envoyer un drop-bag, et pour la première fois, c’est ce que j’ai fait. En effet, de par la configuration de la course et les conditions de route je n’étais pas sûr de pouvoir profiter d’une assistance ici, j’ai donc préféré assurer le coup. Par chance, mon assistance est bien là ainsi que mon drop-bag. Facile. J’ai dépassé la moitié de la course 8H24′ après le départ. Quelques dizaines de minutes de retard sur mes prévisions mais qu’importe. J’ai également perdu une dizaine de places à cause de mon manque d’énergie dans la montée. Je n’y prête pas attention, de toutes façons je n’en ai aucune idée sur le moment puisque je ne regarde pas mon classement. La routine, je mange, je bois, je repose mes jambes. Le jour est sur le point de se lever donc je change de T-shirt pour repartir au sec, comme pour marquer le commencement d’une nouvelle course, d’une nouvelle journée. Mentalement, cette nuit m’est apparue très courte. J’ai l’impression d’avoir commencé à courir il n’y a seulement que 20′ alors que cela fait presque 10H, c’est dingue, j’adore. Pas le temps de s’émerveiller non plus, je remets mon sac et je repars plein de bonne volonté pour cette seconde partie de course.

     Je démarre, sans avoir réellement besoin de ma frontale. Bien que je me sente bien, je ressens tout de même une certaine fatigue dans les jambes. Je me dis surtout qu’après 60km c’est tout à fait normal, c’est pareil pour tout le monde. On repart pour 500D+, d’abord sur la route puis on remonte droit dans un champ jusqu’au sommet d’une remontée mécanique. Mon rythme est plus lent et je me fais doubler par 4 ou 5 coureurs. Je me sens toujours un peu mieux dans les descentes et la suivante, bien que pas très longue, sur une large piste, se passe bien et j’arrive à remettre du rythme.

     Sans transition, une montée, de 500D+ de nouveau. Je suis encore une fois rattrapé puis doublé par une poignée de coureurs. C’est un peu frustrant mentalement, de ne pas comprendre sur le moment pourquoi je ralentis alors que d’autres arrivent à conserver leur allure. L’essentiel est que je continue à faire de mon mieux. Mon moral reste globalement bon et je suis toujours motivé pour aller de l’avant ce qui en fait une de mes forces. J’arrive au sommet de Sirrebuël où un point d’eau nous attend. Il est encore tôt le matin mais les bénévoles présents sont de bonne humeur autant que je le suis et je prends le temps de blaguer 2min avec eux, en anglais. Contre toute attente et bien que je me sois fait doubler, je gagne 6 places au classement, signe que les abandons à l’avant de la course commencent.

     Je passe le 70ème kilomètre, il reste la distance d’un marathon. En repartant, 3km en balcon, très esthétique, mais que je peine à apprécier. C’est là que la course bascule et prend une nouvelle dimension pour moi. Je ne parviens que très difficilement à continuer à courir. Cela me demande désormais un effort considérable pour ne pas marcher malgré le plat du terrain. Chaque mini-montée, même de quelques degrés, devient dure et je ralentis drastiquement. 6km et presque 900D- encore à parcourir avant Lenk, la prochaine base-vie. Pour la première descente, il m’est compliqué d’avancer alors que je n’avais qu’à me laisser aller jusqu’à présent. Peu importe que l’on monte, que l’on descende ou que ce soit plat, je me fais désormais doubler de partout.

     3km environ avant le ravitaillement, un coureur me double à grande vitesse et je remarque qu’il ne porte pas de sac et qu’il est relativement « propre » sur lui. Je n’ai pas vraiment la vivacité d’esprit sur le moment pour comprendre et je l’oublie rapidement. Cependant, quelques petites minutes plus tard je me fais de nouveau surprendre par 2 coureurs avec les mêmes caractéristiques. Puis encore 2 à peine 1 minute après et je reconnais Lucien Mermillon du team Rossignol. C’est à cet instant que tout se reconnecte dans ma tête : il s’agit des coureurs du 53km, partis plus tôt dans la matinée d’Adelboden et qui remontent maintenant notre peloton. En observant le top 10 passer, je me rends compte alors de la vitesse folle à laquelle ils évoluent, c’est beau à voir.

     J’arrive finalement à Lenk à 9H35 du matin, en 94ème position après 11H35′ de course. Pas d’assistance pour moi ici car j’estimais que les temps de trajet seraient trop longs par rapport à ce que j’y gagnerais. Je m’occupe donc de moi-même, je me cherche à manger, je bois et je me pose quelques minutes. J’ai conscience que ça devient dur et je commence à sérieusement compter les kilomètres qui me séparent encore de l’arrivée. Le mental va devoir prendre le dessus sur le physique désormais.

     Je repars en trottinant tant bien que mal sur les 3km de plat en sortant du ravito. On est encore sur le top 50 du format 50k et je me fais doubler à vitesse grand V. Au moment de rentrer de nouveau dans la forêt, un coureur du 50k m’interpelle en me doublant. Il s’agit de Paul Clément, avec qui j’avais échangé par téléphone à propos du Yukon Arctic Ultra et qui participe à la prochaine édition (à l’heure où sort cet article, on sait tous comment cette édition s’est terminée pour lui comme pour moi). On recommence à monter, et je sens bien que je faiblis fortement. Je prends petit à petit conscience du calvaire qui m’attend puisque c’est la plus longue et raide montée de la course qui se dresse devant moi.

     Je passe au ravitaillement de Iffigelalp au 86ème kilomètre en 104ème position. Je m’assure de repartir dans les meilleures conditions possibles puisqu’il commence à faire chaud et je m’apprête à gravir 1200D+ sur moins de 6km.

     J’espérais pouvoir compter sur un brin de fraîcheur musculaire mais il n’en est rien. Je subis. Dès les premiers mètres en repartant, je sens la grosse fatigue générale gagner tout mon corps. Le « Shut down system« , plus personne aux commandes. L’expression « un pas à la fois » prend tout son sens puisque je dois me concentrer sur chacun d’eux pour ne pas sombrer et continuer de mettre un pied devant l’autre. Les kilomètres défilent bien doucement. Probablement pour la première fois en course, je suis obligé de m’arrêter et de m’asseoir sur un caillou pour récupérer un peu et reprendre mon souffle.

     Une descente aux enfers aussi raide que la montée dans laquelle je me bats. Je me retrouve de plus en plus dans le milieu du peloton du 50km et nous sommes presque en file indienne ininterrompue.

     Arrivé à 2500m d’altitude, on se retrouve sur un petit plateau aux paysages lunaires. Plus un seul arbre, seulement de la roche. Partout. Je lève les yeux et je me rends compte que la montée n’est pas encore finie. Il reste encore un bon 250D+. Ce qui en temps normal ne représente pas grand-chose, s’avère être ici une véritable montagne à gravir, littéralement. Cette portion est vraiment raide. C’est un aller-retour pour monter jusqu’à la Wildstrubelhütte. Je l’atteins bien difficilement, comme également beaucoup de coureurs autour de moi. Il fait très chaud. Je me dirige vers les bénévoles afin de remplir mes flasques puis je m’assieds face au paysage. C’est magnifique. On peut apercevoir les coureurs qui montent mais également ceux qui redescendent. On voit loin et on se rend bien compte que la route est encore longue.

     Je repars, il reste une bonne vingtaine de kilomètres encore jusqu’à l’arrivée. Je me remotive comme je peux. Le début de la descente est particulièrement technique, raide, glissant et poussiéreux. Je décide même de ressortir les bâtons pour m’aider, c’est vous dire. Une fois cet aller-retour terminé, la pente se radoucit pour laisser place à un joli chemin entre marais et ruisseaux asséchés. J’avance doucement mais sûrement, je ne fais même plus attention aux coureurs qui me doublent. De temps en temps je m’accroche à l’un d’eux mais ça ne dure jamais bien longtemps.

     En haut du dernier mur avant le prochain ravitaillement, on a une vue imprenable sur le lac de Tseuzier. C’est incroyable, une vraie carte postale. Je descends ce mur accompagné d’un autre coureur que j’ai rattrapé jusqu’à finir par le doubler sur la portion plate longeant le lac. Comme quoi, je ne suis pas encore le plus mal en point de cette course. Tout dernier ravitaillement. C’est également une base-vie, où l’assistance est autorisée mais une fois de plus je n’en profite pas. Il reste seulement 10km avant l’arrivée et ce serait trop peu de temps pour elle pour rejoindre l’arrivée et m’y voir. Je me ravitaille, en eau et en nourriture et je fais le point avec moi-même. Je me recentre, je sais ce qui m’attend et ce que je dois faire pour atteindre l’arrivée. Je n’ai plus aucun objectif de temps ou de classement, ceux-ci sont désormais hors d’atteinte, je veux seulement finir!!!

     Cette dernière section est plutôt vallonnée avec une légère tendance à descendre tout de même. Sûrement l’adrénaline de la fin, mais les jambes vont mieux et me permettent de trottiner régulièrement. Je garde un rythme dans la foulée qui me permet de ne pas marcher.

     Je n’ai pas beaucoup de choses à dire sur cette section jusqu’à arriver dans les tout derniers kilomètres. Le plaisir de revoir les premiers bâtiments, les premiers supporters sur le bord des chemins puis des routes et les jambes qui accélèrent d’elles-mêmes par je ne sais quel miracle.

     Finalement, on longe le lac Grenon au cœur de Crans-Montana, puis on fait le tour du petit lac d’Ycoor et c’est l’arche d’arrivée, ENFIN !!! Je suis accueilli par le speaker de la course, la voix du trail : Ludo Collet lui-même. C’est un honneur. Au fond de moi j’espérais être toujours dans le top 100 mais en me retournant vers la télé où sont affichés les résultats, je comprends vite l’ampleur de cette contre-performance. Me voilà 135ème sur plus de 1000 au départ, en 19H12′.

     Je suis content d’avoir fini. Finir un ultra, peu importe le temps que l’on met, c’est toujours une satisfaction. Maintenant, sur le papier, je suis capable de mieux que ça. Je l’ai déjà prouvé sur des courses précédentes comme Istria ou la Maxi-Race.
     Alors comment l’expliquer ? Premièrement, physiquement, Il s’agissait de mon 5ème ultra de plus de 100km de l’année. Ce n’est pas rien. Une certaine fatigue accumulée tout au long de la saison qui s’est révélée être pesante sur cette dernière course. Deuxièmement, mentalement. Une saison longue, qui demande un gros investissement en temps et en énergie parfois compliqué à tenir sur la distance. Parfois une baisse dans la motivation pour s’entraîner et même sur certaines courses préparatoires.
     L’important pour moi est d’apprendre, de pouvoir identifier les points qui ont besoin d’être ajustés pour continuer à progresser et à être plus performant par la suite !!!

     C’est une magnifique course pour une fin de saison, pour « vider le réservoir » avant une coupure ou de transitionner vers la saison hiver sur les skis. J’ai personnellement très envie d’y retourner avec une belle préparation afin de montrer mon vrai potentiel sur ce type de profil.
     Je voudrais apporter quelques informations sur la logistique et l’assistance. 5 bases-vie sur 115km, c’est beaucoup et c’est donc confortable. Mais la géographie et la difficulté d’accessibilité par la route font que ces bases-vie sont finalement très éloignées les unes des autres. Il faut par exemple parcourir plus de 130km en 2H15′ et prendre un tunnel ferroviaire pour rejoindre Crans-Montana depuis Lenk. Je n’ai pas estimé ça rentable si c’est pour récupérer seulement 2 barres et 3 compotes, autant les avoir directement sur soi.
     Merci à Cimalp de me soutenir via une dotation vestimentaire et en matériel ; c’est un réel plaisir de porter vos couleurs avec des produits de qualité.
     Merci pour l’assistance au top.
     Merci à vous tous, ma famille et mes amis pour vos messages avant, pendant et après la course, ce soutien est une force indescriptible !!!

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